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Mars 2003
 

chateau

AVCO : 280 travailleurs indiens face à  Alstom Marine

En 2003 sur 13000 travailleurs présents aux Chantiers de l'Atlantique, 8000 sont dans la sous-traitance (intérimaires, Cdi-c, Cdd, Cdi) venus des quatre coins de la France et du monde: cherbourgeois, brestois, dunkerquois, marseillais mais aussi italiens, grecs, slovènes, hongrois, espagnols, croates, roumains, portugais, polonais et même indiens! Pour la construction du Queen Mary 2, la Direction des Chantiers a fait venir plus de 2500 travailleurs étrangers, sous prétexte qu'ils ne trouvaient pas sur place de main-d'oeuvre qualifiée. Evidemment, la vraie raison était tout autre! Leur seul souci: comment sortir des paquebots dans des temps records et à  moindre coût !
Pour les travaux de ventilation, les Chantiers ont fait appel à  la société italienne Aeripianti et à  l'indienne Voltas. Sous l'égide de la Direction des Chantiers, ces deux sociétés ont constitué AVCO Marine, société " péniche" qui permet de recruter près de 280 Indiens originaires de Bombay et du Kerala pour travailler sur la construction du paquebot.
Ces travailleurs, particulièrement qualifiés et habitués aux grands chantiers du golfe persique étaient hébergés dans des centres de vacances et des hôtels à  la Turballe, Saint-Brévin, Nantes et Saint-Nazaire. Transportés en car de leur lieu de travail à  leur lieu d'hébergement, ces travailleurs n'avaient aucune possibilité de sortir, un peu coupés du monde et de toute façon n'en avaient pas les moyens financiers. La raison, la voici.

Dès leur arrivée en août 2002, la Direction d'Avco leur confisque leurs passeports. Ensuite, les travailleurs indiens découvriront que des prétendus acomptes qu'ils ne touchaient jamais leur étaient prélevés directement sur leur bulletin de salaire. En fait, des sommes correspondant à  l'hébergement, les repas et les transports.
Dès les premières semaines de leur arrivée, les militants de l'USM-CGT ont cherché à  savoir dans quelles conditions ils étaient traités. Dans une totale discrétion, malgré les barrières de la langue, ils ont pu les approcher et les rencontrer en dehors du site sur chaque lieu d'hébergement. Malgré la menace qui pèse sur eux, ils n'ont pas peur de dire qu'ils se sentent floués : " Ici, c'est très cher. On sait qu'on pourrait avoir mieux pour moins cher, en ville. Mais ils veulent qu'on reste ici. Quand on revient du travail vers 15 heures, on reste ici entre nous, on ne voit personne. " Sans hésiter, ils sortent leur feuille de paie. L'horaire affiché, 35 heures, correspond bien à  la réalité. Mais ils sont payés au SMIC, comme des ouvriers non qualifiés (au coefficient 170 de la convention collective de la métallurgie (le plus bas coef) soit 1 051 euros brut, alors que les salaires sur les Chantiers tournent entre 1 200 et 1 600 euros, selon le profil. L'entreprise leur défalque 450 euros pour le logement et la nourriture, et 190 euros pour le transport ! En bas de la feuille, le salaire net versé s'établit entre 300 et 350 euros (2 100 francs). En comparant leurs fiches de paie, ça ne faisait pas le compte, l'escroquerie sautait aux yeux. De plus, les salariés indiens n'étaient pas
inscrits à  la Sécurité Sociale. Tous les frais médicaux et de soins étaient à  leur charge. Après plusieurs mois de contacts clandestins, l'organisation de la lutte prenait forme. Lundi 3 mars 2003, premier coup de semonce. Un tract en anglais, rédigé par l'USM-CGT et quelques salariés indiens, annonce les revendications.
Soutenue par les militants CGT, une délégation s'est rendue en fin de matinée au siège d'AVCO pour déposer le cahier de revendications.

Ces revendications portent aussi bien sur les rémunérations que sur les conditions de vie. En premier lieu, il s'agit de récupérer les passeports. Ensuite, le remboursement total de toutes les sommes défalquées sur leurs paies et des soins médicaux, hébergement à  la charge de l'employeur et l'égalité de traitement, à  savoir, couverture sociale et application de la convention collective de la métallurgie puisque l'entreprise en dépend (indemnités de déplacement et respect des qualifications et des classifications).
En grève totale, ils ont manifesté dans les rues de Saint-Nazaire, en bleu, le casque vissé sur la tête, pour aller jusqu'à  la mairie. Il faut dire que c'était assez impressionnant, d'autant plus que c'était la première manifestation ouvrière de ce type depuis des années! Ils ont d'abord obtenu de retrouver leurs passeports et la fin du soi-disant acompte retenu sur leur bulletin de salaire. Mais le mouvement a continué pour l'obtention, notamment, d'un salaire équivalant à  ceux pratiqués dans la métallurgie en France, d'une prime de grand déplacement, du paiement d'un voyage aller-retour vers l'Inde en cours de contrat. Mardi 18 mars, jour où leurs représentants accompagnés de la CGT rencontraient leur patron, ils se sont rassemblés au pied de la salle où se déroulaient les négociations, autour d'un grand drapeau rouge déployé. Leur patron a alors cédé sur le paiement du logement et d'une prime de repas, ce qui les ramène au même niveau que les salariés roumains de la même société AVCO. Ces premiers reculs de leur patron ont été accueillis avec joie et ressentis comme une première victoire. Mais il en va des Indiens comme de tous ces travailleurs croates, roumains, italiens et même français obligés de dormir dans une voiture en attendant de toucher une première paye pour pouvoir louer une chambre! Si l'exploitation est internationale, la lutte des travailleurs l'est aussi. Et aux Chantiers, la lutte des Indiens a gagné la sympathie et le respect de très nombreux travailleurs

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